Les marchés privés européens pourront-ils un jour être véritablement paneuropéens ?

Can Europe's private markets ever be truly pan-European? — Post

L’UE autorise l’investissement participatif transfrontalier depuis des années. Dans les faits, pourtant, le marché a à peine bougé. Aujourd’hui, tu vas découvrir pourquoi et ce qui a changé pour que cette pratique puisse désormais se généraliser.

Depuis novembre 2021, une plateforme d’investissement participatif agréée dans un pays de l’UE a la possibilité légale de proposer ses investissements aux investisseurs de tout autre État membre. Le règlement européen relatif aux prestataires de services de financement participatif (ECSPR) a remplacé un ensemble disparate de réglementations nationales par un agrément et un passeport uniques : une fois agréée dans un pays, une plateforme peut exercer ses activités dans toute l’Union.

Mais demande aujourd’hui à un investisseur particulier à Madrid, Milan ou Amsterdam, près de cinq ans plus tard, combien d’offres sur la plateforme qu’il utilise proviennent d’un autre pays. Pour la plupart, la réponse honnête est : aucune.

Le cadre, qui visait à créer un marché européen unique pour les investissements sur les marchés privés, est en place depuis des années, mais le marché continue de fonctionner comme un ensemble de marchés nationaux qui coexistent. La question soulevée par cet article est simple : pourquoi en est-il ainsi, et certains signes laissent-ils penser qu’un marché privé paneuropéen peut devenir réalité ?

L’écart entre ce que la réglementation autorise et ce que fait le marché

La réglementation offre une grande souplesse. Toute plateforme agréée au titre de l’ECSPR peut proposer ses services dans toute l’UE en notifiant son autorité de surveillance d’origine. En pratique, toutefois, la distribution transfrontalière reste l’exception plutôt que la règle. Le dernier rapport de marché de l’ESMA, publié en décembre 2025 et portant sur l’année 2024, le confirme, chiffres à l’appui.

  • À la fin de 2024, 229 prestataires agréés figuraient dans le registre de l’ESMA.
  • Dans l’ensemble de l’UE, 181 prestataires actifs ont levé plus de 4,25 milliards d’EUR au cours de l’année.
  • Sur ce montant, seuls environ 8 % ont été levés au-delà des frontières, et seulement 5,8 % provenaient d’investisseurs d’autres pays de l’UE ou de l’EEE.
  • Les prestataires de plusieurs États membres, dont la Pologne, le Portugal, la Roumanie et la Slovaquie, ont levé des fonds exclusivement auprès d’investisseurs nationaux 

Qu’est-ce qui fait obstacle ?

La possibilité légale d’exercer des activités transfrontalières est pour ainsi dire sans restriction ; les obstacles sont donc de nature structurelle, et non réglementaire.

Pour un émetteur, la distribution implique une série de négociations. Pour ne serait-ce qu’atteindre des investisseurs dans un autre pays, puis les convaincre d’investir, l’émetteur s’appuie sur l’accès au marché d’une plateforme locale et doit satisfaire à ses exigences en matière d’intégration et de reporting. Compte tenu de l’ampleur d’une levée de fonds classique en financement participatif en capital, les efforts nécessaires n’en valent pas la peine à l’échelle de plusieurs pays. Un ou deux marchés peuvent être pertinents ; un continent entier, en revanche, ne l’est pas.

Les incitations à se développer au-delà des frontières sont limitées pour les plateformes aussi. Se constituer une véritable base d’investisseurs dans un autre pays en partant de zéro prend du temps et coûte cher. Gagner la confiance locale, maîtriser la langue, comprendre les pratiques marketing et les habitudes de paiement demande des années, et un marché national solide offre presque toujours un meilleur retour sur investissement qu’une présence limitée sur plusieurs marchés étrangers. Résultat ? Les émetteurs et les plateformes restent à l’échelle locale, et le marché unique des capitaux de l’UE demeure purement théorique.

Rien de tout cela ne constitue une lacune de l’ECSPR. Le règlement a supprimé les obstacles juridiques. En revanche, il n’a pas pu éliminer les coûts opérationnels des investissements transfrontaliers. 

Ce qui change avec une couche de distribution partagée

Si tu mets les deux défis côte à côte, tu remarqueras le même problème de fond, mais vu sous deux angles différents. Un émetteur ne peut pas, à lui seul, atteindre efficacement tous les investisseurs dans chaque pays, et une plateforme d’investissement ne peut pas, à elle seule, se constituer une audience dans chaque pays de manière rentable. 

Vu sous cet angle, la solution au problème devient évidente. Si une seule plateforme ne peut pas pénétrer tous les pays par ses propres moyens, l’objectif n’est donc pas d’envoyer l’émetteur dans chaque pays, mais de connecter les plateformes existantes entre elles, afin qu’un même projet puisse être financé simultanément sur plusieurs marchés.

C’est l’idée derrière la cotation multiple. Un titre est émis une seule fois sur une infrastructure réglementée qui gère l’émission, la conservation et l’enregistrement des détenteurs. Il peut ensuite être coté simultanément sur plusieurs plateformes dans plusieurs pays. Chaque plateforme conserve ses propres investisseurs, sa propre marque et sa propre interface, tandis que l’émission et la conservation se font en coulisses. NYALA propose déjà ce modèle.

Le principal changement concerne les canaux de distribution. Aujourd’hui, le fait qu’une opportunité d’investissement trouve ou non des investisseurs dépend surtout du pays depuis lequel l’émission est lancée. Avec une infrastructure de distribution commune, cette limitation disparaît.

La distribution peut se faire simultanément sur plusieurs plateformes dans différentes juridictions, de sorte qu’une opération lancée sur une plateforme dans un pays peut atteindre simultanément des investisseurs sur d’autres plateformes dans d’autres pays, sans que l’émetteur ait à négocier séparément sur chaque marché. La distribution ne dépend plus de la géographie, mais est guidée par la demande des investisseurs.

Comment ça fonctionne en pratique

La cotation conjointe n’est pas une idée nouvelle. Les plateformes ont déjà tenté la distribution transfrontalière sans qu’elle parvienne à s’imposer. La différence aujourd’hui, c’est que NYALA a résolu plusieurs difficultés antérieures en tokenisant le titre financier et en facilitant le partage des données des projets d’investissement. Il serait prématuré de parler d’un long historique de titres négociés de cette manière à l’échelle transfrontalière,  mais les bases sont déjà en place.

Le mécanisme transfrontalier sur lequel repose le modèle est utilisé depuis des années : plus de 70 projets transfrontaliers et environ 70 millions d’euros déjà traités par NYALA démontrent que les capitaux peuvent circuler entre les pays lorsque le système bénéficie d’un soutien opérationnel (données fournies par NYALA).

Can Europe's private markets ever be truly pan-European? — Post

En pratique, une levée de fonds proposée conjointement se présenterait ainsi :

  1. Un émetteur met un titre sur le marché une seule fois.
  2. Trois plateformes, par exemple une allemande, une française et une espagnole, le proposent chacune à leurs propres investisseurs dans leur propre langue et sous leur propre marque, à des conditions identiques.
  3. Les investisseurs souscrivent via la plateforme à laquelle ils font déjà confiance et chaque plateforme perçoit une commission.
  4. L’émetteur réalise une seule levée de fonds et touche trois groupes d’investisseurs au lieu d’un seul.

Qu’est-ce qui changera si cela devient la nouvelle norme ?

Revenons à la question initiale. Si la distribution transfrontalière et multiplateforme n’est plus l’exception mais la règle, le marché européen de l’investissement participatif, d’un volume de 4,25 milliards d’euros, ne se comportera plus comme vingt et un marchés nationaux, mais comme un marché unique.

 Un investisseur à Lisbonne découvre des offres attractives en provenance de Lituanie. Un émetteur à Tallinn lève des capitaux dans quatre pays sans avoir à négocier avec quatre plateformes d’investissement. La « longue traîne » des petits marchés, ces seize pays de l’UE qui représentent actuellement moins d’un cinquième du volume total de l’UE, accède à une demande qu’elle ne peut pas générer à elle seule.

C’est un changement qui dépasse largement le cadre d’un seul produit. C’est l’évolution vers un marché paneuropéen des capitaux, et c’est ce qui fait la différence entre un marché unique sur le papier et un marché unique dans la pratique.

Pour les lecteurs qui souhaitent approfondir le sujet, il existe deux points de départ concrets.

Si tu gères une plateforme : L’intégration est conçue pour être utilisée de manière autonome et est accessible gratuitement. Tu peux consulter la documentation de l’API et la présentation de l’intégration [Link to co-listing page] avant de parler à qui que ce soit. Dès que tu te sens prêt à aller plus loin, n’hésite pas à contacter Carlos Ficola, le représentant de NYALA (c.ficola@nyala.de)

Si tu es investisseur : Les projets en co-listing apparaissent sur les plateformes de financement participatif qui les proposent, et ils seront répertoriés sur le profil de la plateforme concernée dans l’annuaire CrowdSpace dès leur mise en ligne.

Would you recommend this post?

Sélections principales

Les marchés privés européens pourront-ils un jour être véritablement paneuropéens ?
Par Darya Zarya
Investissement d'impact à travers la reconversion & aperçu du crowdfunding italien : entretien avec Paolo Manetta, PDG de RE-Lender
Veuillez rencontrer RE-Lender, un marché de crowdfunding d'impact basé à Milan qui finance des projets de reconversion industrielle, urbaine, immobilière, écologique et numérique. En fait, ils sont la première plateforme de crowdfunding dédiée à la reconversion dans ces domaines. Leur mission principale est de promouvoir la durabilité dans tous les domaines mentionnés ci-dessus : que...
Entretien
4 min de lecture
Les marchés privés européens pourront-ils un jour être véritablement paneuropéens ?
Par Darya Zarya
Meilleures plateformes de prêt P2P au Royaume-Uni
Le prêt P2P est considéré comme un type de finance en forte croissance au Royaume-Uni. Le premier fournisseur de prêt P2P au Royaume-Uni a été fondé en 2005 et, à ce jour, a accumulé plus de 76 000 prêteurs. Les tendances du marché montrent que le créneau P2P au Royaume-Uni continue de s'étendre, créant des...
Prêt P2P
2 min de lecture
Les marchés privés européens pourront-ils un jour être véritablement paneuropéens ?
Par Konstantin Boyko
Faire la différence : le pouvoir et le potentiel de l'investissement d'impact
L'investissement d'impact est l'une des tendances émergentes mais constantes dans le secteur du crowdfunding. Il devient de plus en plus courant que les investisseurs s'intéressent non seulement aux rendements possibles mais aussi à l'impact social ou environnemental collatéral. En d'autres termes, les gens veulent que leurs choix d'investissement soient alignés avec leurs valeurs. Les investissements...
Investissement
4 min de lecture
Les marchés privés européens pourront-ils un jour être véritablement paneuropéens ?
Par Darya Zarya
Investissement transfrontalier sur un marché de prêt P2P sécurisé : entretien avec Endrik Eller, PDG de Lendermarket
Rencontre Lendermarket, une plateforme d'investissement P2P en provenance d'Estonie créée en 2019 avec Creditstar, un groupe de prêt international établi, comme principal originateur de prêts. La plateforme propose principalement deux types de prêts, tous deux accompagnés de garanties de rachat : prêts à la consommation;prêts commerciaux immobiliers introduits en mai 2022. Depuis son lancement, Lendermarket...
Entretien
4 min de lecture
Les marchés privés européens pourront-ils un jour être véritablement paneuropéens ?
Par Konstantin Boyko
Récapitulatif hebdomadaire du financement participatif : 3–9 août 2026
Last week's news operated on two levels at once: infrastructure and platforms. On the infrastructure side, tokenization kept merging with conventional finance rails and regulators started tackling crowdfunding's oldest complaint — the lack of a secondary market. On the platform side, legacy names consolidated their business models while Southeast Asia's lending sector grew and got...
Résumé des actualités
4 min de lecture